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Mardi 4 février 2020, nuit

« L’éternité monte autour de moi comme la mer »
Emily Dickinson 

Murmure infini de l’enfant dans l’obscurcissement du ciel, bruits de pas et de clefs, amplifiés dans le hall d’escalier, claquement rapide d’une porte : le désert de l’écrit est là, avec moi, de mon côté de la vie. J’arrête café, tabac, alcool, juste pour voir ce qu’il y a encore quand il n’y a plus rien pour aller plus loin et être là. L’encens se consume, le papier est éclairé à la bougie – cela me rappelle un bonheur d’intérieur, celui de la maison d’un ami à Paris qui vivait dans un rez-de-chaussé sans électricité à côté du cimetière du Père Lachaise. Nous dormions à peine sur des matelas, les nuits à goûter chaque chose sans les voir étaient pourtant exquises. Dans la saleté, une sainteté régnait, celle de la conscience des dons de la vie (lumières, nourritures, chants, tendresses) – tout était précieux dans les mains de notre hôte Rémi. Un long bain aux notes de lavande a été pris cet après-midi ici. Des peaux sont tombées. Un quartz rose repose sur les bords de la petite baignoire à peine assez grande pour un petit corps. Rémi adorait aussi les vapeurs d’eaux chaudes – des odeurs d’Inde circulaient entre la pièce d’eau et l’unique pièce à vivre où étaient mêlés instruments de musique, couvertures, tasses à thé. J’invite ici ce lieu qui n’existe plus par le mystère de l’écriture. Mon ami est toujours sensible au Mystère. 

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