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Articles

A ma fenêtre, 18 mars 2021

À ma fenêtre, le ciel, sans le reste. Écume d’écriture au réveil, sans le reste du jour. Première heure : Ciel. À chaque fois que je reprends mon souffle, les couleurs ont changées. J’entre dans le jour calmement avec le rapide changement de la lumière. Le soleil perce. À ma fenêtre, la percée. Toute seule, toute pure, sans le reste. La percée nue comme moi-même dans mon rêve chez le libraire : Je cherchais un livre et je trouvais « Fenêtres ». C’est mon livre-mon ciel pour moi toute seule et pour vous tout seul qui lisez. suite sur Instagram #sachasteurer

Voilà comment se déroulent les jours

Le thé infuse, les hirondelles tournent en criant dans le ciel, les racines des fleurs absorbent l’eau, Adam ouvre les yeux. Je me déplace de la cuisine à la chambre et de la chambre au balcon et du balcon à la salle de bain et de la salle de bain à l’autre chambre entre les courants d’air toutes fenêtres ouvertes. J’assiste aux premières sensations jouissives de l’enfant grâce à la prononciation d’une litanie de nombres : deux mille neuf cent quatre-vingt soixante-trois et surtout des nombres qui n’existent pas, que le vertige soit. Puis on parsème de la poudre de cardamone, de cannelle et de vanille sur une substance laiteuse, on termine par un filet de sirop d’agave ; on dirait un désert, la mer et une plaine enneigée, tout cela en même temps dans l’assiette aux fleurs bleues, la cuillère en suspens prête à tout effacer. Adam saute à cloche-pied en oubliant ses fruits en morceaux, à chaque saut de la poussière tombe, à chaque saut le soleil monte.  Alors on rev...

Vie silencieuse

Vol d’oiseaux sur assiette je prends – en haut le vent, en bas le lac  le vent souffle sur le lac, et le lac accueille le vent . La petite fumée papillon de la bougie se dissipant – sortie du tombeau, Printemps.  Tu es là, avec et dans la fleur, blanche, double. L’horloge arrête enfin le  temps-espace  présent, je t’écris dans l’agenda perpétuel des fleurs. Ecritures, encore écritures - traits pleins, séparés, en dedans, en dehors de nous, volants sur - assiettes, papiers, ciel  Suis-je dépaysée ? Non,  Le lac est ouverture, le vent pénétration .  En compagnie des oiseaux, des roses et des papillons sur les boites d’allumettes, déjà, le soir vient comme tu viendrais en moi si-, fleur blanche et double, presque fanée – si tôt.  Je devine la musique que tu écoutes et les couleurs que tu choisis, j’entends des chants d’oiseaux sur des coups de marteaux. Des fleurs coupées dans leur verre d’eau se referment avec la nuit qui vient c...

Lundi 17 février 2020, soir

Sopalin-télescope

Mercredi 12 février 2020, midi

Transgression accomplie Un lieu n’est plus dans son lieu  Un endroit élu le remplace, sorti du fonds des âges Henri Michaux,  Jours de silences Il faut bien reconnaître que le Printemps est déjà là – depuis le 25 janvier pour les Chinois – que je suis déjà partie vers d’autres encres, happée par une sirène. Cette nuit, j’ai vu la lune descendante pile au centre du hublot, à cette heure-là, on aurait dit que c’était un hublot pour voir la lune - seulement la lune et rien d’autre - que tous ces changements infimes tous les jours. Tous les jours. 

Mardi 11 février 2020, matin

Bourdonnement du réfrigérateur, je creuse en moi l’écoute. Mardi-jour-de-marché, oubli sur les étalages des mes clémentines d’Andalousie. Je m’en rends compte en rentrant seulement. Je ne sais pas combien d’argent j’ai perdu. Achat d’un stock de mouchoirs et de papiers toilettes comme si on partait en voyage pour très longtemps.  « Ce n’est pas tous les jours qu’on a envie d’acheter ce genre de choses » , je dis au marchand qui lui en vend tous les jours. 7 euros 4 cahiers j’arrive à négocier pour le capitaine du bateau rêveur professionnel fauché. Depuis quelques jours il a éteint le chauffage en se disant que cela fera peut-être arriver le Printemps. Ne plus aller au café, qu’est-ce que cela change ? On a envie de rentrer plus vite chez soi pour aller aux toilettes et on s’assoit sur des bancs en regardant la vue. En écrivant on boit de l’eau chaude avec un bout de gingembre infusé dedans. Ma grand-mère, elle, sait toujours exactement le prix des choses qu’elle ac...

Dimanche 9 février 2020

« Le royaume du Saint est le royaume de l’ordinaire. » Christian Bobin,  La dame blanche Ce matin-là, sur le balcon trouvée en balayant  une aile de papillon  dorée – avec des ronds blancs  immédiatement brisée  quand j’ai tenté de la saisir

Samedi 8 février 2020

L’enfant parle seul les pommes de terre cuisent  je lis des haïkus  Sur le balcon  froid  le jasmin grandit Bouquet de mâche  pieuvre tentaculaire  dans la bouche de l’enfant Fleurs fanées  chutent –  phénomène de gravité Les Choses sont-elles animées ?  l’enfant câlinant le balai  a sa petite idée 

Jeudi 6 février 2020, matin

"Puis la maison se referme sur elle comme une huitre sur sa perle. Elle ne lui échappera plus. "La Maison est ma définition de Dieu" - et Dieu ne souffre aucune absence".  Christian Bobin, La dame blanche  6 ème  semaine du Temps Ordinaire, Pleine Lune dans trois jours. Perception de chaque son comme des bulles dans de l’eau - respirations : sirène au loin, croassement du corbeau, ouverture d’une porte – claquement. A travers le hublot au réveil, teintes de rose dans le ciel, passage de quelques oiseaux. Un rayon de soleil traversait la cuisine en éclairant le bouquet des villes en phase d’asséchement dans son eau devenant trouble. Hier soir, noté : « Soyez des passants », Evangile de Thomas. Rien est porté aux lèvres, voir ce qui est là, sentir la plénitude d’un corps lourd débarassé. Ce matin, j’ai mangé un œuf à la coque avec du sel et du pain, trois tranches de pommes, une tartine de sésame noir et une de miel – bu la moitié d’une tasse de ...

Mardi 4 février 2020, nuit

« L’éternité monte autour de moi comme la mer » Emily Dickinson  Murmure infini de l’enfant dans l’obscurcissement du ciel, bruits de pas et de clefs, amplifiés dans le hall d’escalier, claquement rapide d’une porte : le désert de l’écrit est là, avec moi, de mon côté de la vie. J’arrête café, tabac, alcool, juste pour voir ce qu’il y a encore quand il n’y a plus rien pour aller plus loin et être là. L’encens se consume, le papier est éclairé à la bougie – cela me rappelle un bonheur d’ intérieur , celui de la maison d’un ami à Paris qui vivait dans un rez-de-chaussé sans électricité à côté du cimetière du Père Lachaise. Nous dormions à peine sur des matelas, les nuits à goûter chaque chose sans les voir étaient pourtant exquises. Dans la saleté, une sainteté régnait, celle de la conscience des dons de la vie (lumières, nourritures, chants, tendresses) – tout était précieux dans les mains de notre hôte Rémi. Un long bain aux notes de lavande a été pris cet apr...

Lundi 3 février 2020, matin

Je ferme les yeux, mon poème n’est plus autours de moi. J’entends des automobiles, vagues de son s’échouant sur le rivage de ma terre, de ma peau, de mes doigts. Une autre écriture m’attrape, me tire, me pousse à monter sur le toit. Les oiseaux eux aussi sont tirés vers l’écriture du Printemps, je l’entends, de mon poste en hauteur, cette rythmique de chants s’intensifier. Une petite boite avec du sable et des coquillages est ouverte sur le buffet. C’est un cadeau ; on dirait que facilement les autres entrent avec moi dans mes chimères. Comme les derviches bâtissent leur tour pour danser dans l’espace infini en restant sur place, je sais aussi bâtir mon Ailleurs.

Dimanche 2 février 2020, matin

Cette écriture qui se délite, la porter dans ses mains et la tendre vers les autres. Ce geste-là, généreux, comme poser nue. Les aiguilles de l’horloge de l’enfant pour apprendre à lire l’heure ne tournent pas d’elles-mêmes. Le bouquet de fleurs de la semaine dernière composé sauvagement dans la rue ne bouge presque pas. Quelques fleurs jaunes chutent : le lierre, la lavande séchée, la branche de romarin restent en place. Disparition de cette écriture avec l’hiver qui l’a vu naître  pour vivre ici . L’ordinaire ne tient pas comme du lierre. Les livres ne s’accumulent pas trop : j’en laisse sortir pour en laisser entrer. Dans la montagne où je vivais, sur mon balcon face à une vallée, je lisais les mêmes vers que je lis ici sans vue mais avec tous les paysages des écritures.  « Souhait / De prendre une leçon de silence / avec les séjours écourtés, / les morceaux de bois sombres, / Les espaces qui n’ont pas servis, / les filles en robes blanches, / colonnes de po...

Jeudi 30 janvier 2020, nuit

« Habiter un lieu est-ce se l’approprier ? Qu’est-ce que s’approprier un lieu ? A partir de quand un lieu devient-il vraiment le vôtre ? »  Georges Perec, Espèces d’Espaces J’ai décidé que je cesserai bientôt cette écriture, peut-être encore tirer ces Notes jusqu’au bout de l’hiver et les abandonner aux beaux jours quand je laisserai le bateau à quai et que je partirai à pieds, lassée de ma solitude avec l’eau du ciel. Cette nuit les bruits sont inquiétants : les cris d’un homme (peut-être dans l’escalier aux végétations sauvages en face), les basses répétitives d’un son techno (peut-être chez mon voisin du dessous chez qui je fais tomber de la poussière en marchant). A partir de maintenant où je vois la fin, je ne peux plus écrire de la même manière comme si je vivais ici pour toujours. Quelque chose à l’intérieur de moi se scinde,  Je me suis habituée à cette fenêtre  à ce que les oiseaux traversent le ciel sur un visage...

Mercredi 29 janvier 2020, matin

« Les portes de la maison d’Aurélia Steiner sont ouvertes à tout, aux ouragans, à tous les marins des ports et cependant rien n’arrive dans ce lieu de la maison d’Aurélia que ce désert de l’écrit, que la consignation incessante de ce fait-là, ce désert. »  Marguerite Duras, L’été 1980  Il y a plusieurs fenêtres ici par lesquelles je ne regarde jamais : une minuscule dans le couloir, très haute à côté du grand hublot, ainsi que trois fenêtres à hauteur du sol donnant sur la rue avec deux barreaux chacune par mesure de sécurité. La fonction principale de ces quatre ouvertures est donc l’accueil de la lumière. Les ouvertures au niveau du toit, au nombre de trois aussi mais dont l’une est occultée, me permette de voir le haut des immeubles voisins, les anciennes cheminées, les antennes télévisuelles, le ciel bien sûr, les oiseaux si j’ai la patience d’attendre leur apparition, les étoiles quand le ciel est clair, les avions, les rayons du soleil, la pluie, la...

Lundi 27 janvier 2020, matin

Quelques étages plus bas, il y a un mouvement : Un départ. Hier, je constatais dans le local à poubelles beaucoup de déchets provenant de cet homme qui s’en allait, des enveloppes avec son nom ne trompaient pas. Au moment où je rentre de ma marche ce matin, il est là, dans le hall, venu pour chercher son courrier, je lui fais remarquer le désordre laissé.  « Nous nous sommes séparés, je ne voulais pas rester là seul » , me confie-t-il. Arriver, partir pour des débuts et des fins d’histoires d’amour, beaucoup était dit dans l’énonciation de cette simple phrase lancée entre nous qui ne nous connaissions pas dans ce hall d’immeuble froid. Quand je suis là-haut, je ne sens pas qu’un couple s’est déchiré au-dessous de moi, qu’un homme et une femme sont partis, je n’ai rien vu, rien entendu, je l’ai su, et c’est déjà terminé. Mon voisin du dessous est venu la semaine dernière sonner chez moi à 21 heures. La cigarette au bec, gêné, il est venu me dire qu’avec mon enfant qu...

Jeudi 23 janvier 2020, matin

Reprendre ces notes comme revenir chez soi, espérer encore que les oiseaux sur ma tasse de café s’envolent. Reprendre ces notes comme accepter le voyage immobile d’être ici. Aujourd’hui, je suis là. Aujourd’hui, le ciel est bas, je me place sous la plus grande lucarne du bateau pour avoir le plus de lumière possible. Je me place dans le vide de l’écriture où la mer est vaste, où les tempêtes se défient avec des mots, avec des phrases – des constructions de phrases, des métaphores pour des métamorphoses. Que je suis-je capable d’autre que de consigner le présent et le temps qu’il fait ? D’être nue face aux éléments ? De lire inlassablement comme on lit pour occuper son voyage en jetant des regards vers l’horizon puis en replongeant en soi-même et dans l’imagination ?  

Samedi 14 décembre 2019, nuit

Un arbre de la forêt est là, dans le bateau sous les toits, scintillant. Si ce n’était que moi je me suffirais de cette lumière enroulée autour de l’arbre mais les enfants aiment tellement toutes ces représentations : personnages, animaux…  Lumière  et  transparence , ces deux mots associés depuis quelques jours dans ma tête,  lumière  et  transparence  comme une nouvelle façon d’entrevoir la beauté partout où je pose mon regard. Regarder autour des choses jusqu’à ce que tout devienne flou. Abandonner les formes et percevoir les  auras , l’« air en mouvement ». La première fois que j’ai visité ce bateau de nuit, un jour de pluie, je me suis dit qu’il faudra y mettre de la terre, des arbres sous peine de décoller dans les astres. J’avais le vertige rien qu’à penser à cet espace en hauteur uniquement relié au ciel, j’arrivais de la montagne. J’avais peur de m’envoler. Je ne savais pas que les livres et la mer que le vent et la d...

Jeudi 5 décembre 2019, tôt

Une phrase gravée en moi par un ami écrivain qui me revient à chaque fois que je prends ma plume de bonne heure :  « Le matin quand on écrit, on recueille la rosée » . Plusieurs jours que je rêve de gagner une terre où je pourrais marcher pieds nus dans l’herbe au réveil. Ici, et tout autour, c’est l’eau, l’eau, encore l’eau – le ciel, le ciel, encore le ciel – et dans toutes les directions, du temps. Imperturbablement dans la cuisine une rose accomplit son long dessèchement et des graines d’œillets de poètes attendent d’être plantées quand une terre sera gagnée, on ne sait quand. C’est peut-être cette nostalgie de la terre qui a limité l’écriture de mes notes ces derniers jours. Je crois que j’étais hypnotisée par des zones d’eaux sombres. Le moulin à café n’a pas tourné non plus, un peu comme l’écriture finalement. On dit que l’écriture avance mais pourquoi ne pas dire qu’elle tourne ? Dans mes dernières lectures, j’ai trouvé une autre citation possible à met...

Vendredi 29 novembre 2019, midi.

On dit prendre la mer  mais qu'en est-il de prendre le ciel ?